Vrai & Faux sur le régime cétogène, 3ème partie

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Avec la popularité croissante du régime cétogène, nous avons souhaité mieux comprendre comment ça marche, qui est le candidat idéal, et quelles sont les idées reçues. Nous avons interrogé trois experts sur le sujet; notre troisième interview était avec Jeff Volek, Ph. D., diététiste diplômé.

D’où vient votre intérêt pour le régime cétogène?

Mon intérêt remonte à très loin, au début des années 90, lorsque je suis personnellement passé à un régime cétogène et le résultat a été très positif.

C’est arrivé alors que je terminais mais formation en diététique et passais à un programme de maîtrise où je faisais partie d’un laboratoire très dynamique qui étudiait un grand nombres d’interventions sur l’alimentation et l’exercice. J’ai commencé à faire des expériences sur le régime cétogène chez les humains au milieu des années 1990. Les résultats ont été positifs et ont mené à de nombreuses autres études de suivi sur les 20 dernières années qui ont été publiées dans près de 40 ou 50 publications scientifiques. C’est un domaine de recherche très prometteur qui continuera d’être étudié par de nombreux scientifiques dans différentes disciplines afin de mieux comprendre les applications cliniques et sportives de l’adaptation à la cétose.

Quel rôle jouent les corps cétoniques dans l’état cétogène?

Cela remonte aux premières heures de l’humanité sur cette planète, à l’époque où nous ne disposions pas d’un apport continu en nourriture comme aujourd’hui. Nous avions besoin d’une autre manière de produire du carburant en l’absence de glucose car le cerveau dépend principalement du glucose comme carburant. Nous avons donc développé ce processus de cétose, qui vient du métabolisme des graisses. Environ deux tiers des besoins énergétiques du cerveau peuvent être satisfaits par les corps cétoniques, l’état de cétose alimentaire nous permet donc de réduire grandement nos besoins en glucose.

Nous découvrons également toute une gamme d’autres rôles et fonctions potentiels des corps cétoniques comme molécules de signalisation, ils agissent donc plus comme des hormones et affectent l’expression génétique. C’est très prometteur car cela ouvre une toute nouvelle perspective sur les bienfaits potentiels pour la santé et même pour les performances de la cétose.

Pourquoi les sportifs utilisent-ils le régime cétogène?

Depuis des décennies, nous recommandons aux sportifs un régime riche en féculents en leur disant qu’ils doivent se charger en glucides afin de fonctionner de façon optimale, pourtant, lorsque l’on est adapté à la cétose, on double son taux de combustion des graisses. Et être capable de puiser dans cette réserve d’énergie et d’oxyder les graisses bien plus efficacement représente un avantage énorme, en particulier pour les sportifs d’ultraendurance qui sont susceptibles de courir ou de pédaler pendant de nombreuses heures. Au bout d’un moment, la réserve de glucose se vide.

Une autre réaction courante au régime cétogène est que les gens perdent du poids. S’ils perdent de la graisse corporelle tout en conservant leur masse musculaire, ils améliorent leur puissance massique. Ils sont plus performants. Et ils sont tout simplement en meilleure santé. L’autre déclaration très courante des sportifs est qu’ils récupèrent plus rapidement. Je pense que c’est probablement dû au fait que le régime cétogène diminue le stress oxydatif. De nombreuses observations cliniques peuvent le prouver. L’exercice est un stress inflammatoire, et il augmente le stress oxydatif. Si vous réduisez cela ou l’atténuez dans une certaine mesure en étant adapté à la cétose, cela se traduit logiquement par une récupération plus rapide.

Quel est le calendrier recommandé pour suivre ce régime?

Il faut un certain temps pour s’adapter entièrement aux corps cétoniques qui sont produits et aux changements physiologiques qui se produisent lorsqu’une personne est adaptée à la cétose. En deux jours, la production de corps cétoniques augmente, et les niveaux de cétones dans le sang sont élevés chez la plupart des personnes, mais les cellules peuvent mettre plusieurs semaines à se restructurer et à changer la mécanique métabolique afin de pouvoir entièrement oxyder les corps cétoniques et les acides gras.

Nous savons qu’une période de 3 à 4 semaines est requise pour s’adapter entièrement. Mais cela peut prendre encore plus de temps pour que les adaptations les plus subtiles se produisent dans les mitochondries et ainsi de suite. Les sportifs nous disent souvent qu’après six mois ou même un an ils continuent de s’adapter et de ressentir des bienfaits supplémentaires.

Y a-t-il des symptômes à surveiller?

Certaines personnes peuvent constater une hausse assez importante des niveaux de cholestérol. Nous ne pensons pas que cela soit lié à une hausse de l’athérosclérose car en même temps, les cholestérols HDL s’améliorent, les triglycérides baissent, la qualité des particules de LDL s’améliore, ce qui signifie que le taux de petites particules de LDL baisse, et ce sont les particules les plus athérogènes.

Quelle est la meilleure manière de mesurer la réussite d’un processus d’adaptation à la cétose? Quels niveaux doivent être atteints?

Le marqueur le plus important à contrôler est probablement le taux de cétones dans le sang. Le seuil général que nous utilisons pour déterminer si quelqu’un est en cétose alimentaire est un niveau de bêta-hydroxybutyrate dans le sang de 0,5 millimolaire (mm).

Pour mettre ça en perspective, une personne qui consomme plus de 100 grammes de glucides voit rarement son taux de cétones dépasser 0,2 mm; il est souvent inférieur à 0,1 mm. La plupart des gens se trouvent entre 0,5 mm et peut-être 1,5 ou 2 mm s’ils consomment 40 grammes de glucides et une quantité modérée de protéines.

Une mesure de glucose peut être utile. Si vous avez accès à une mesure de taux d’insuline, cela peut également servir. Si vous avez accès à une mesure des taux d’oxydation des graisses avec une calorimétrie indirecte, cela peut être un bon indicateur pour déterminer si une personne est en voie d’adaptation à la cétose. Si elle a un ratio d’échange respiratoire faible cela signifie qu’elle tire son énergie principalement de la combustion des graisses, et cela est très lié à la cétose.

Quel rôle jouent les huiles TCM dans le cadre d’un programme cétogène?

Les acides gras à chaîne moyenne sont des types spécifiques d’acides gras qui contiennent 6, 8, 10 carbones, et certains considèrent même le C12 comme un acide gras à chaîne moyenne par contraste avec les acides gras alimentaires plus courants que sont les carbones 14, 16 et 18.

Métaboliquement, les acides gras à chaîne moyenne sont métabolisés très différemment. Ils ne sont pas stockés dans les membranes en quantités appréciables, ce qui fait par conséquent que les acides gras à chaîne moyenne sont convertis en corps cétoniques à un taux supérieur aux acides gras à chaîne longue. On peut en venir à se demander si inclure beaucoup d’acides gras à chaîne moyenne peut augmenter les effets d’un régime cétogène.

N’oubliez pas, les corps cétoniques ainsi produits ne viennent pas des tissus adipeux. Ce sont des corps cétoniques produits par l’ingestion de ces acides gras à chaîne moyenne. Ils peuvent être utilisés en petites quantités. À des doses plus élevées, ils peuvent avoir des effets gastro-intestinaux indésirables, mais ils peuvent être inclus dans un régime cétogène bien équilibré.

Pour plus de questions et réponses sur le régime cétogène, lisez la partie 1 and partie 2 de cette série.


À propos de Jeff Volek :
Jeff Volek, Ph. D., est un diététiste diplômé et professeur à la Faculté de sciences humaines de l’Université d’État de l’Ohio. Ces vingt dernières années, il a mené des recherches de pointe pour comprendre comment les humains s’adaptent aux régimes pauvres en glucides en se concentrant sur les applications à la fois cliniques et sportives. Son travail a contribué aux connaissances solides que nous avons aujourd’hui sur les corps cétoniques et les régimes cétogènes, leur utilisation comme outil thérapeutique pour gérer la résistance à l’insuline, ainsi que leur potentiel émergent pour l’augmentation des performances et de la résistance de l’homme. Le Dr Volek a obtenu des fonds de recherche du gouvernement fédéral, de l’industrie et des fondations. Il a été invité à exposer ses recherches plus de 200 fois dans des conférences scientifiques et de l’industrie dans une douzaine de pays. Son œuvre académique comprend plus de 300 manuscrits scientifiques avalisés par ses pairs et cinq livres, dont un best-seller du New York Times.

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